L’hindouisme, parfois écrit indouisme (en hindi : हिन्दू धर्म, hindu dharm ; en tamoul : இந்து சமயம் ; « religion hindoue »), ou sanatana dharma[1] (en sanskrit : सनातनधर्म, sanātanadharma : « loi éternelle »)[2], est l’une des plus anciennes religions du monde encore pratiquées[note 4] qui n’a ni fondateur, ni dogme imposé, ni institution cléricale organisée uniformément (les brahmanes peuvent être de différentes écoles)[3],[4]. « On appelle communément religion hindoue (ou hindouisme), le courant spirituel qui naît de la Bhagavad-Gita et dont le bhakti-yoga, la voie de la dévotion, est le trait le plus saillant. (…) Celle-ci [la religion] a des antécédents et véhicule des éléments hérités de religions antérieurement vivantes dont elle utilise, à la fois largement et librement, la symbolique, le fonds doctrinal, les pratiques sacrificielles, éventuellement la langue, la terminologie, le panthéon, etc.[5]. » En 2015 le nombre de fidèles est estimé à 1,1 milliard[6],[7], répartis dans 85 pays[8]. L’hindouisme est actuellement la troisième religion la plus pratiquée dans le monde après le christianisme et l’islam. Il est issu du sous-continent indien[note 5], qui reste son principal foyer de peuplement.
Le terme persan hindu (du sanskrit Sindhu) désignait au départ, pour les musulmans qui pénétrèrent en Inde, les habitants du bassin de l’Indus[8].
La majorité des hindous ont foi en l’autorité du Veda[note 6], considéré comme « permanent » (nitya), qui fut révélé aux êtres humains de façon « non humaine » (अपौरुषेय, apauruṣeya)[9] par Brahmā et grâce à l’« audition » des Rishi[10] (c’est-à-dire les « Sages ») ; c’est l’avis des traditions brahmaniques comme le Vedanta et la Mîmâmsâ, mais pas des écoles philosophiques brahmaniques Nyâya et Vaisheshika qui reconnaissent l’autorité du Véda tout en le considérant anitya (« impermanent ») et paurusheya (« humain »)[11]. Les auteurs de textes védiques ne sont pas tous identifiés, ou bien le sont de façon légendaire comme Vyāsa.

L’hindouisme se présente comme un ensemble de concepts philosophiques, politiques, scientifiques et artistiques issus d’une tradition remontant à la protohistoire indienne[12], la pratique hindouiste provenant sans doute d’une tradition orale très ancienne, proche de l’animisme. On retient parfois une tripartition historique qui fait de l’hindouisme la dernière phase du développement des religions en Inde, après le védisme (env. 1500-500 avant notre ère) et le brahmanisme (-600 à 500 de l’ère courante)[13].
Au-delà du syncrétisme théologique, l’hindouisme d’avant l’islam et le colonialisme européen qui soumirent l’Inde à leur autorité[14] était un vecteur de toutes les sciences de son époque : le droit, la politique, l’architecture, l’astronomie, la philosophie, la médecine ayurvédique et d’autres savoirs qui avaient en commun le substrat religieux.
Cosmogonie et divinités
Selon la mesure védique du temps, qui s’étend sur plusieurs milliards d’années, l’univers connaît des périodes d’expansion (kalpa ou jour de Brahmâ, équivalent à 1000 mahayuga, soit 4,32 milliards d’années), puis d’anéantissement (pralaya ou nuit de Brahmâ, de même durée). Un mahayuga est composé de quatre yuga, dont le dernier, actuel, est le kaliyuga, « âge de fer » ou « âge des conflits », dénommé ainsi car c’est une période matérialiste et décadente par rapport à l’âge d’or de l’humanité (kritayuga)[39].
La cosmogonie hindoue enseigne que le principe de toute vie, de tout progrès, de toute énergie, réside dans les différences, les contrastes[13]. « L’une des explications les plus courantes du passage de Brahman [l’Absolu] à l’univers est celle selon laquelle la première différenciation se ferait entre énergie et substance, force et matière, dans leurs essences primordiales respectives appelées dans la terminologie hindoue prâna et âkâsha »[40].
La cosmogonie hindoue est la théorie hindouiste de la création de l’univers et de son image. Celle-ci est caractérisée par un recours constant au chiffre 7[41].
Le monde a été créé en forme d’œuf (l’« œuf d’or de Brahmâ », hiranyagarbha en sanskrit). La moitié supérieure de l’œuf cosmique (brahmāṇḍa) se divise en sept zones : les trois premières, terre, air et ciel, forment ensemble le triloka (« trois mondes ») et sont surmontées par quatre régions célestes constituant la demeure des dieux[41]. La moitié inférieure de l’œuf cosmique comprend sept régions infernales (pātāla), qui forment des étages et sont habitées par des démons et des serpents[41]. Au dessous de l’œuf cosmique se trouve l’Océan primitif, formé par sept autres zones infernales[41]. La Terre est divisée en sept continents entourés de sept mers[41].
Brahman
Article détaillé : Brahman.
Le Brahman (prononcé /brəh mən/) est un concept provenant à l’origine des Védas. C’est l’indescriptible, le neutre, l’inépuisable, l’omniscient, l’omniprésent, l’original, l’existence infinie, l’Absolu transcendant et immanent (cf. panenthéisme), l’Éternel, l’Être, et le principe ultime qui est sans commencement et sans fin, – dans l’univers entier[42]. C’est la Réalité Ultime, l’Âme Absolue ou Universelle (Paramatman), l’Un[42]. Il ne doit pas être confondu avec la divinité Brahmâ ou le nom des prêtres hindous, les brâhmanes.

De nombreuses Upanishad font référence au rapport qu’entretient le Brahman (âme universelle[43]) avec l’âtman (essence de toute créature), dont la vision est considérée comme libératrice, car menant celui qui en a la connaissance à ne plus s’identifier à son ego transitoire dans ses actes (karma) :
« L’âme des créatures est une, mais elle est présente dans chaque créature ; à la fois unité et pluralité, comme la lune qui se reflète dans les eaux. »
— Tripura Tapini Upanishad, V-15 (Atharva-Véda).
« Le Brahman sert de demeure à tous les êtres et demeure en tous les êtres. »
« Pour le yogi qui est connaisseur de Brahman, toutes les créatures vivantes sont Brahman. De ce fait, les distinctions de caste[note 9] lui sont indifférentes. »
— Pashupata Brahmana Upanishad, chapitre II, sûtra 39 (Atharva-Véda)[44].
« Voici la vérité : de même que d’un feu ardent sortent par milliers des étincelles pareilles à lui, ainsi naissent de l’Être immuable (Brahman) toutes sortes d’êtres qui retournent à lui. »
— Mundaka Upanishad, II-i-1 (Atharva-Véda).
« Dans l’étreinte de l’amour, un homme oublie le monde entier, tout ce qui existe en lui-même et au dehors ; de même, dans l’Union [Yoga] avec le Divin [Brahman], on ne connaît plus rien d’autre, ni au dedans ni au dehors[45]. »
— Brihadaranyaka Upanishad, chapitre 4, brahmana 3, sûtra 21 (Shukla Yajur Véda).
« Quiconque se voit dans tous les êtres et voit tous les êtres en lui, devient ainsi Un avec le Brahman suprême. Ce Suprême est l’âme de Tout, le principe de l’Univers, l’Être éternel [sans début ni fin]. Et Cela aussi tu l’es : tu es Cela (Tat tvam asi)[45] »
Cet Absolu, que les hindous désignent aussi par le nom de tat en sanscrit (« Cela »), est par sa nature même impossible à représenter[42]. L’Absolu est tantôt manifesté : Tat Tvam Asi (तत्त्वमसि : Tu es Cela), ou « Tout cela est Brahman » disent les textes sacrés[42], tantôt non-manifesté : « le Brahman est Vérité, le monde est Illusion », disent aussi les textes sacrés[42].
Il est parfois évoqué un Brahman supérieur, le Parabrahman[42]. Le Brahman peut en effet être considéré sans attributs personnels, sans forme (Nirguna Brahman), d’une façon totalement abstraite, ou avec des attributs, avec une forme, au travers de la multitude des divinités (Saguna Brahman)[42].
Certains courants de l’hindouisme peuvent être considérés comme panthéistes, d’autres comme panenthéistes[46],[47].
Articles détaillés : Panthéisme et Panenthéisme.
La tradition brahmanique comprend l’Absolu (Brahman, l’Âme universelle, la Réalité infinie, la Divinité suprême dotée ou non d’attributs et de formes) comme étant l’Un (sans second), que l’on peut concevoir de différentes façons : soit en privilégiant une divinité particulière considérée comme supérieure aux autres (sans nier les autres pour autant), c’est-à-dire par une attitude relevant de l’hénothéisme, ou soit en concevant chaque divinité comme un membre vénérable de l’Absolu ; toutes les divinités, différentes et prises séparément, sont chacune une fenêtre distincte ouverte sur le paysage divin : et toutes ces fenêtres ouvertes réunies sur l’Absolu (Brahman) — et uniquement lorsqu’elles sont réunies — constituent effectivement l’Absolu, l’Âme cosmique, c’est-à-dire par une attitude liée au polythéisme (le Divin est Multiple)[10]. Quoi qu’il en soit, le Brahman est omniprésent sans pour autant être confondu avec les choses limitées et transitoires qui composent le monde :
« Le Brahman est Tout, mais tout n’est pas Brahman »
— Mandana Mishra, Brahmasiddhi[48

